94 — Pokara

Lac de Pokara

Glisser sur le lac

***

Un frêle esquif rompt l’immobilité matinale. Sans un bruit, il glisse sur le Machapuchare. C’est à peine si le miroir du lac est troublé par le fin sillage laissé par la barque. Les rouges, les verts, les bleus de celle-ci se superposent, s’imposent à la blancheur rayonnante de cette montagne magique, demeure de Shiva.

L’instant d’une illusion, un simple pêcheur devient le premier et l’unique homme à vaincre ce sommet si sacré que seuls des pas divins peuvent y laisser leurs traces.

Du Tal Barahi, accroché à sa montagne, semblent naître les compositions que le ciel s’invente : de longs et fins nuages sortent de son toit tel un gigantesque éventail. Le soleil naissant les peint au gré de ses fantaisies : Jaunes et oranges s’accommodent des pourpres et des violets.

Assis sur une barque qui a choisi de naviguer sur la terre, un homme, jeune, se laisse dévorer par ce spectacle. Il aimerait être de ce monde. Mais il sait qu’il ne sera jamais autre chose que ce touriste à la stature trop élevée, à la peau trop claire, aux vêtements hors de propos.

Demain ou le jours d’après il aura repris sa route ou devra reprendre le chemin d’une vie d’ennui entrecoupée des fulgurances du voyage.

Pris par sa contemplation il ne se rend pas compte du froid. Même si ses mains se frottent l’une contre l’autre ou se cachent sous sa veste. Même si une envie d’un thé au lait trop chaud vient lui suggérer qu’il a faim. Il n’entend pas non plus les bruits de la ville basse qui émergent de sa nuit. Il n’ose imaginer l’activité matinale et trépidante de la ville haute.

Une main se pose sur son épaule, le conduit hors de sa torpeur. Ils échangent quelques mots. Elle parle du lac, ils parlent des routes : celle qui rejoint Katmandou, celle qui grimpe à Beşisahar et qui désespérément s’allonge pour raccourcir le pas.

11 juin 2013

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29 réflexions sur “94 — Pokara

  1. Paraît que Pokhara est devenue une grande ville, de nos jours…
    J’y ai passé pas mal de temps, mais jamais longtemps à la fois. C’était le point de passage obligé pour nous autres. Près de l’aéroport j’avais mon point de chute, dans des cabanes aux toits de tôle où vivent les gens descendus des hautes collines pour le boulot ou le commerce.

    • cool, plus je peux transmettre le virus du voyage meilleur c’est.

      dans notre évolution on a fait une connerie centrale, devenir sédentaire.

  2. Le voyage immobile , quand on ne peut plus se déplacer mais que l’imagination fait le reste à la lecture de tes billets , c’est sympa aussi
    Merci.

  3. J’ai réétudié le sujet de « orange ». Finalement, est-ce que dans ta phrase « jaune » et « orange » ne sont pas utilisés comme noms, et non comme adjectif qualificatif d’un substantif elliptique ? Auquel cas tu pourrais accorder orange, non ?

    L’affaire se corse, l’enquête continue ;-)

    • c’est vraiment le bordel.

      dans les dicos il est mis comme substantif masculin (pour la couleur) et comme adjectif invariable.

      j’imagine que si c’était un substantif invariable ce serait précisé.

      pis bon je trouve ça moche l’un sans s et l’autre avec s.

      je le laisse na !

  4. C’est rigolo moi les Ouinde ça m’a jamais branché comme pays… L’Asie du sud est peut être, mais l’Inde j’en ai tellement entendu parler par tous les amis qui ont été dans les année 70/80 que ça m’a gavé…. Goa and co. c’est pas mon truc… mais j’admet qu’il y a des trucs fabuleux à voir là bas….

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