Textes mis en page

Pas de nouveaux textes cette semaine je me bats contre le lac de Tibériade qui ne veut pas se laisser coucher sous ma plume, mais Les trois premiers textes mis en page au format PDF.

1-Maras

7-pont charles

11-lac titicaca

J’espère que vous apprécierez et que vous prendrez plaisir à lire ces 3 textes avec cette mise en page.

N’hésitez SURTOUT pas à me dire ce que vous en pensez et ce qui pourrait être améliorer ou changer.

 

Philippe

65 — Parque Güell

la colonnade, parque güel

la colonnade, parque Güel

 

Une curiosité apeurée l’avait accompagné lors de la première convocation. Mais cette fois, il n’y eut que fierté et bonheur des retrouvailles. Serrant l’immuable invitation, à la plume déliée sur un beau vélin, il salua la salamandre, dont la peau de céramique brillait sous la lune. Patiemment, elle sortit ses pattes de leur antique ciment, puis se mit à gravir le grand escalier.

Dans la colonnade, ils s’arrêtèrent sous la configuration stellaire du jour. En silence, ils observèrent la pierre se dissoudre, remplacée par des arbres millénaires. Ils grimpèrent sur l’un d’eux.

Sur le théâtre, devenu canopée, des dizaines d’animaux, parfois légendaires, souvent imaginaires. Ils déambulaient sur une voie lactée que la lune, pourtant si lumineuse, ne parvenait à effacer.

Transfiguration de la maison du maître, un vénérable caoutchouc, dont les racines empruntaient les chemins tortueux du parc, les salua. De ces rivières végétales affleuraient quelques pierres, mirage de l’autre monde. Sous le portique de la lavandière, des milliers de serpents, protégeant les restes de leur père, les laissèrent avancer dans son gigantesque squelette.

De détours en raccourcis, ils arrivèrent là-haut, là où Barcelone joue les coquettes. Mais, ce soir-là, elle n’était qu’une inextricable mangrove que sublimait la mer. Seule, la Sagrada Familia, restait elle-même. Au sommet un grand chêne. Àson pied, un vieil homme l’interpella : « Dépêchez-vous ! Le travail attend. »

Il dévoila ses idées. Intima à son hôte de se les approprier. L’homme, pris des notes, dessina des plans, à nouveau stupéfié de l’évidence, de la perfection de chaque invention.

Ces trouvailles hantèrent son retour. Une fois chez lui, il modélisa toutes ses fulgurances que le lendemain il présenterait comme siennes et qui lui vaudront les félicitations, voire la gloire. Lui, le messager, qui ne peut que dire qu’il est plus, continuera ce grand-œuvre. La finir ? Jamais ! Comment pourrait-il vivre sans l’espoir de ces invitations à la plume déliée sur un beau vélin ?

Buenos Aires le 16 avril 2014

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11 — Lac Titicaca

 À Hubert Vaffier pour ses photos et leurs histoires.

titicaca

Deux voiles rouges se détachant sur fond de sommets immaculés. Un escalier sans fin plongeant en terrasse dans une étendue bleu nuit. Une église dominant le lac, dominée par le regard du photographe. Une lumière orageuse teignant d’orange sa surface. Des champs en fleurs bleues, jaunes, blanches. Un enfant avalant son sourire, sur une île de roseau. Un autre sautant sur les pierres d’un chemin d’eau. Un village travestissant les formes, les contrastes, la lumière de la Grèce.

Une longue pièce lumineuse où s’entasse une vie jusqu’au plafond. Elle, assise, décrypte, déchiffre des mots, des carnets, des cartes à la recherche des histoires que portent ces clichés. Elle en voit bien la beauté, la singularité, mais n’en trouve pas la source. « Des contes pour enfants » s’exclame-t-elle. Les grondements de la ville, les alertes de son téléphone, la musique, permanence qu’elle n’entend plus, le lui confirment ; la curiosité résiste.

Puno, ses pas l’ont portée vers le port. Elle recherche l’angle exact et fige ce bateau que la rouille grignote. Tentant de soumettre le mystère, elle refait chaque photo. Sillustani, Juli, Amantaní, la frontière, Uros, Copacabana, Taquile, le bac  Elle visite chacun des lieux qu’il a saisi. Elle recherche chaque lumière, chaque angle, chaque focale, chaque détail. Puis elle déclenche. Les images sont jumelles, pourtant les siennes ne racontent rien. « Que manque-t-il » s’impatiente-t-elle.

Il reste une étape : l’île du soleil. Le cœur épuisé, elle s’assoit dans une petite embarcation. Ses sens, bercés par la monotonie du moteur, se perdent dans l’écoute des vagues. Maintenant, elle monte l’interminable escalier. D’un pas lent, elle traverse l’île, caresse les couleurs des champs de pommes de terre, passe et repasse les symboliques 4000 mètres. Challapampa, un petit hôtel poussant sur la plage la reçoit. Alors que le crépuscule s’invite, elle entre dans l’eau, s’offre quelques brasses, regarde le lac, regarde l’île  « C’était donc cela ! » murmure-t-elle 

Buenos Aires le 8 avril 2014

à lire aussi ici : http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/quelques-lieux-et-un-pas-de-plus-11-par-alberic

 

123 — La route de la mort (La Paz — Coroico)

 

coroico

coroico

 

 

La Paz est froide et humide. Pourtant, j’attends en plein vent. Un minibus arrive. Certains accommodent les bagages sur le toit. Certains montent, s’assoient. Le moteur démarre. Les boliviens se signent.

L’alto dort, autant qu’il puisse dormir. La route grimpe. Les maisons s’espacent. Les Andes s’imposent. Un col, y basculer, s’arrêter. Je bois un peu. Certains mangent. Certains achètent. En remontant, tous se signent.

La route se métamorphose en simple filet de terre. Pourtant, voitures, camions, bus en débouchent avec régularité. Commence un lent bal où celui qui descend frôle l’abysse, où celui qui monte rosse la falaise. Des hommes signaux construisent des harmonies, des cascades écrivent des contrepoints.

À chacun des incessants arrêts, ils se signent. Les roues sont-elles sur la route ? Oui, nous ne tombons pas ! Les feuillages d’arbres géants nous caressent le flanc. Des mers de nuages dissimulent, trop rarement, les gouffres.

Il est simple de pressentir qui, du foisonnement de la nature ou de la peur, accélère le cœur ! J’ai envie d’être sur le toit. Je me fantasme sautant. J’ose croire contrôler mon destin … Se libérer de ce cercueil roulant : claustrophobie.

L’extrême prudence du chauffeur semble le plus stupide des risques. Maintenant, à chaque virage, ils se signent.

La route est enfin moins abrupte. Ses deux rives se peuplent d’arbres. Les visages effacent la crispation. J’enlève mon blouson. La route s’élargit. J’enlève mon pull. On se croise sans s’arrêter. Aucun ne se signe. Des cabanes, des maisons, une ville : Coroico. Je descends.

La nature n’est qu’exubérance. À chaque instant, le vert s’invente des nuances. Les jours se suivent. La Paz la minérale n’est qu’une illusion. Je marche, je bois, je transpire, je contemple  J’oublie !

Ce matin, le regard se perd dans les nuages. Je remets le sac sur le dos, je trouve l’arrêt, j’attends le bus, j’accommode le sac sur le toit, je m’assois, le moteur démarre. Se signer 

 

Buenos Aires le 4 avril 2014

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