11 — Lac Titicaca

 À Hubert Vaffier pour ses photos et leurs histoires.

titicaca

Deux voiles rouges se détachant sur fond de sommets immaculés. Un escalier sans fin plongeant en terrasse dans une étendue bleu nuit. Une église dominant le lac, dominée par le regard du photographe. Une lumière orageuse teignant d’orange sa surface. Des champs en fleurs bleues, jaunes, blanches. Un enfant avalant son sourire, sur une île de roseau. Un autre sautant sur les pierres d’un chemin d’eau. Un village travestissant les formes, les contrastes, la lumière de la Grèce.

Une longue pièce lumineuse où s’entasse une vie jusqu’au plafond. Elle, assise, décrypte, déchiffre des mots, des carnets, des cartes à la recherche des histoires que portent ces clichés. Elle en voit bien la beauté, la singularité, mais n’en trouve pas la source. « Des contes pour enfants » s’exclame-t-elle. Les grondements de la ville, les alertes de son téléphone, la musique, permanence qu’elle n’entend plus, le lui confirment ; la curiosité résiste.

Puno, ses pas l’ont portée vers le port. Elle recherche l’angle exact et fige ce bateau que la rouille grignote. Tentant de soumettre le mystère, elle refait chaque photo. Sillustani, Juli, Amantaní, la frontière, Uros, Copacabana, Taquile, le bac  Elle visite chacun des lieux qu’il a saisi. Elle recherche chaque lumière, chaque angle, chaque focale, chaque détail. Puis elle déclenche. Les images sont jumelles, pourtant les siennes ne racontent rien. « Que manque-t-il » s’impatiente-t-elle.

Il reste une étape : l’île du soleil. Le cœur épuisé, elle s’assoit dans une petite embarcation. Ses sens, bercés par la monotonie du moteur, se perdent dans l’écoute des vagues. Maintenant, elle monte l’interminable escalier. D’un pas lent, elle traverse l’île, caresse les couleurs des champs de pommes de terre, passe et repasse les symboliques 4000 mètres. Challapampa, un petit hôtel poussant sur la plage la reçoit. Alors que le crépuscule s’invite, elle entre dans l’eau, s’offre quelques brasses, regarde le lac, regarde l’île  « C’était donc cela ! » murmure-t-elle 

Buenos Aires le 8 avril 2014

à lire aussi ici : http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/quelques-lieux-et-un-pas-de-plus-11-par-alberic

 

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2 réflexions sur “11 — Lac Titicaca

  1. Donc tu penses que, pour qu’une photo raconte une histoire, il faut d’abord avoir vécu quelque chose avec le sujet photographié, d’une certaine manière?

    J’avais jamais pensé à ça en ces termes, mais ça paraît évident, d’un coup. Ça me rappelle même un truc d’une BD que je lis actuellement où l’auteur parle de ses dessins qui ne sont habités que si ses sentiments guident sa main, la technique n’étant qu’une base nécessaire.

    • en général oui.

      Il faut qu’il y ait comme une complicité entre le sujet et le photographe.
      en général au moment de déclencher, je sais qu’une photo sera excellente. Et en générale une bonne photo je suis capable de te dire pourquoi et comment je l’ai prise.

      La technique ça aide juste à ne pas gâcher le cliché. Elle n’apporte que le matériel. C’est pour ça d’ailleurs qu’un photographe est attaché en général à son boîtier, il le connaît tant qu’il lui fait une confiance totale.

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