65 — Parque Güell

la colonnade, parque güel

la colonnade, parque Güel

 

Une curiosité apeurée l’avait accompagné lors de la première convocation. Mais cette fois, il n’y eut que fierté et bonheur des retrouvailles. Serrant l’immuable invitation, à la plume déliée sur un beau vélin, il salua la salamandre, dont la peau de céramique brillait sous la lune. Patiemment, elle sortit ses pattes de leur antique ciment, puis se mit à gravir le grand escalier.

Dans la colonnade, ils s’arrêtèrent sous la configuration stellaire du jour. En silence, ils observèrent la pierre se dissoudre, remplacée par des arbres millénaires. Ils grimpèrent sur l’un d’eux.

Sur le théâtre, devenu canopée, des dizaines d’animaux, parfois légendaires, souvent imaginaires. Ils déambulaient sur une voie lactée que la lune, pourtant si lumineuse, ne parvenait à effacer.

Transfiguration de la maison du maître, un vénérable caoutchouc, dont les racines empruntaient les chemins tortueux du parc, les salua. De ces rivières végétales affleuraient quelques pierres, mirage de l’autre monde. Sous le portique de la lavandière, des milliers de serpents, protégeant les restes de leur père, les laissèrent avancer dans son gigantesque squelette.

De détours en raccourcis, ils arrivèrent là-haut, là où Barcelone joue les coquettes. Mais, ce soir-là, elle n’était qu’une inextricable mangrove que sublimait la mer. Seule, la Sagrada Familia, restait elle-même. Au sommet un grand chêne. Àson pied, un vieil homme l’interpella : « Dépêchez-vous ! Le travail attend. »

Il dévoila ses idées. Intima à son hôte de se les approprier. L’homme, pris des notes, dessina des plans, à nouveau stupéfié de l’évidence, de la perfection de chaque invention.

Ces trouvailles hantèrent son retour. Une fois chez lui, il modélisa toutes ses fulgurances que le lendemain il présenterait comme siennes et qui lui vaudront les félicitations, voire la gloire. Lui, le messager, qui ne peut que dire qu’il est plus, continuera ce grand-œuvre. La finir ? Jamais ! Comment pourrait-il vivre sans l’espoir de ces invitations à la plume déliée sur un beau vélin ?

Buenos Aires le 16 avril 2014

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