28 — Gyula

geler gare de Gyula

Geler en gare de Gyula – Photo de Claudio

Le centre de l’univers n’a pas à être spectaculaire, nous affirma la petite gare en Brique quand elle essaya de nous convaincre qu’elle l’était. Le plus étonnant c’est que nous l’avons crue et que je la crois encore.

Gyula, c’est une petite ville perdue aux marches de la Hongrie et qui fait face à la Roumanie. C’est un de ces voyages absurdes entre incompréhension linguistique, timidité et horaires impossibles qui nous y a entraîné. Partis à 8 heures du matin de Szeged, ce n’est qu’en fin d’après-midi que, mi-amusés, mi-perdus, nous sommes enfin arrivés.

Un train pour la Roumanie partant à 5 heures du mat, il ne nous restait qu’à profiter, soulagés, de notre dernier samedi magyar. La fête a été de courte durée ! À 8 heures seul un bar restait ouvert. À minuit ses portes se sont refermées. La glaciale nuit automnale nous a accueillis.

La gare étant fermée, nous avons trouvé refuge sur son quai. Protégé du vent, on a moins l’impression de geler ! Pour oublier le froid nous avons cousu, décollé des étiquettes, joué aux cartes.

Un vieil homme est venu interrompre ces lents moments de solitude partagée. D’un allemand incertain, nous avons réussi à communiquer. Des mots, des phrases perdues dans le passé ont émergé. Nous avons su qu’il allait à Budapest, il a su que nous allions à Oradea.

Les portes de la gare se sont enfin ouvertes. Il n’y faisait pas plus chaud, mais la lumière nous offrait cette illusion. À 4 heures 30, un phare a déchiré la nuit : Le train pour Budapest. Notre compagnon d’une nuit y est monté, nous l’avons chaleureusement salué…

Trente minutes plus-tard, un autre phare a fendu la nuit. Monter à bord. Chaleur! La Roumanie et ses aventures nous ouvraient les bras ; ne raconter que le passage de la frontière nécessiterait un roman.

C’est cette nuit là que j’ai commencé à être un voyageur.

22 juillet 2013 à Buenos Aires