29 — Jérusalem

Jérusalem

Jérusalem – Esplanade des mosquées

Il y a d’abord son désir, son attente, mais aussi cette frontière, hôpital psychiatrique spécialiste de la paranoïa.

Il y a la porte de Damas et son activité frénétique, mais aussi la torpeur du ciel au couchant qui éteint la ville.

Il y a son marché, ses cris, ses échanges, ses bousculades, mais aussi ces soldats et ce réservoir à humiliations qu’ils traînent avec eux.

Il y a ces armes, si nombreuses, si visibles, qui sont parfois plus hautes que leur propriétaire, mais aussi le sourire des enfants qui courent et jouent entre les vieilles pierres.

Il y a la tombe de ce dieu sacrifié, mais aussi ces prêtres qui se déchirent pour la contrôler.

Il y a ses murailles qui racontent des millénaires d’histoires, mais aussi ce mur qui sépare les hommes, coupe les oliviers, éloigne l’eau des champs, les champs des bêtes.

Il y a cet autre mur, dit des lamentations, qui connaît toutes les souffrances, toutes les joies de son peuple, mais aussi l’intransigeance du fanatisme religieux.

Il y a le mysticisme qui suinte de chaque pierre, galope dans chaque ruelle, s’infiltre par tous vos pores, mais aussi ces hallucinations, ces folies qui s’emparent des plus perdus et parfois même des autres.

Il y a les bruits de la vie qui vous accompagnent, vous suivent, vous agacent, vous font rire, mais aussi ces sirènes qui saturent l’espace et annoncent ce drame, toujours ce drame recommencé.

Il y a enfin son esplanade et ses dômes. Ici, la ville se repose. Le silence, la paix sont des monarques. Il n’y a plus que vous et peut-être vos questions.

Après, il y aura la mort de l’espoir, il y aura le plaisir de quitter la ville. Il y aura le vide qui avalera la tension. Finalement, il y aura son manque qui vous fera dire : « L’an prochain à Jérusalem ! » Même si vous n’y croirez pas …

Buenos Aires 27 juillet 2013

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