Textes mis en page

Pas de nouveaux textes cette semaine je me bats contre le lac de Tibériade qui ne veut pas se laisser coucher sous ma plume, mais Les trois premiers textes mis en page au format PDF.

1-Maras

7-pont charles

11-lac titicaca

J’espère que vous apprécierez et que vous prendrez plaisir à lire ces 3 textes avec cette mise en page.

N’hésitez SURTOUT pas à me dire ce que vous en pensez et ce qui pourrait être améliorer ou changer.

 

Philippe

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11 — Lac Titicaca

 À Hubert Vaffier pour ses photos et leurs histoires.

titicaca

Deux voiles rouges se détachant sur fond de sommets immaculés. Un escalier sans fin plongeant en terrasse dans une étendue bleu nuit. Une église dominant le lac, dominée par le regard du photographe. Une lumière orageuse teignant d’orange sa surface. Des champs en fleurs bleues, jaunes, blanches. Un enfant avalant son sourire, sur une île de roseau. Un autre sautant sur les pierres d’un chemin d’eau. Un village travestissant les formes, les contrastes, la lumière de la Grèce.

Une longue pièce lumineuse où s’entasse une vie jusqu’au plafond. Elle, assise, décrypte, déchiffre des mots, des carnets, des cartes à la recherche des histoires que portent ces clichés. Elle en voit bien la beauté, la singularité, mais n’en trouve pas la source. « Des contes pour enfants » s’exclame-t-elle. Les grondements de la ville, les alertes de son téléphone, la musique, permanence qu’elle n’entend plus, le lui confirment ; la curiosité résiste.

Puno, ses pas l’ont portée vers le port. Elle recherche l’angle exact et fige ce bateau que la rouille grignote. Tentant de soumettre le mystère, elle refait chaque photo. Sillustani, Juli, Amantaní, la frontière, Uros, Copacabana, Taquile, le bac  Elle visite chacun des lieux qu’il a saisi. Elle recherche chaque lumière, chaque angle, chaque focale, chaque détail. Puis elle déclenche. Les images sont jumelles, pourtant les siennes ne racontent rien. « Que manque-t-il » s’impatiente-t-elle.

Il reste une étape : l’île du soleil. Le cœur épuisé, elle s’assoit dans une petite embarcation. Ses sens, bercés par la monotonie du moteur, se perdent dans l’écoute des vagues. Maintenant, elle monte l’interminable escalier. D’un pas lent, elle traverse l’île, caresse les couleurs des champs de pommes de terre, passe et repasse les symboliques 4000 mètres. Challapampa, un petit hôtel poussant sur la plage la reçoit. Alors que le crépuscule s’invite, elle entre dans l’eau, s’offre quelques brasses, regarde le lac, regarde l’île  « C’était donc cela ! » murmure-t-elle 

Buenos Aires le 8 avril 2014

à lire aussi ici : http://www.ipagination.com/textes-a-lire/afficher/quelques-lieux-et-un-pas-de-plus-11-par-alberic

 

31 — Chachani

Le Chachani

Depuis le sommet du Chachani – le Misti au deuxième plan.

Tes pas t’ont porté jusqu’à 6000 m, il ne reste que 75 ridicules petits mètres à grimper. Bien que le sommet soit à portée de main, ni ton corps ni la montagne ne sont prêts à t’aider. La montagne se veut verticale. Ton corps rejette l’effort de chaque foulée, exige cet oxygène que tu ne peux lui offrir. Ton cœur bat à rompre, chaque pose (si fréquente) lui offre un répit. Ton regard en profite pour s’étonner encore de ces paysages minéraux.

Tu laisses ton esprit vagabonder sur les heures précédentes. Ce voyage à tombeau-ouvert depuis Arequipa, cette mise en jambe pour arriver au camp de base à 5200 m. Monter la tente, boire, avaler un morceau. Après, s’asseoir ou marcher, mais surtout regarder, découvrir ce paysage où n’apparaît pas un seul arbre, une seule herbe jusqu’à l’horizon. Suivre la course des ombres qui s’allongent sur la montagne, finissent par l’engloutir.

Commence le temps du vent qui, dévalant le volcan, accompagne, impose l’arrivée du froid, un froid dur, mordant, instantané comme la nuit sur l’équateur si proche. Il reste la tente, le duvet pour se réchauffer. Inutile d’espérer dormir : geler ou respirer est un impossible dilemme. Par chance le nuit est courte, à 3 heures tu dois te mettre en route.

La lune t’éclaire, tu passes un col, Arequipa se dévoile, plaque de lumière dans un océan d’obscurité. L’aurore s’installe, la lumière chante, invente ombres et couleurs, toi, tu souffres. Des processionnaires, étranges moines sculptés par le vent dans les rares névés, t’accompagnent.

Tu repars, tu arrives, ça y est, tu y es ! Tu veux crier, tu veux sauter, impossible ! Vers l’ouest, sur l’horizon, une fine ligne bleue marine : le Pacifique. Tout autour, des pics, des vallées, des pierres, le ciel, des couleurs impossibles, des brumes sans eau, beauté envoûtante, féroce. Se sentir un bref instant immortel ! Mais, il faut déjà redescendre ; les muscles hurlent

Buenos Aires – 12 septembre 2013

1 — Maras

salinas de Maras

Salinas de Maras

Maras, s’exclame le vieil homme, après avoir avalé une longue gorgée de Callao, c’est la mer travestie en montagne. Là-bas, même les mouettes se prennent pour des condors.

Vous, dit-il aux chiens errants et aux quelques touristes qui l’écoutent intrigués, vous ne devriez pas y aller sans vous préparer. Ce n’est pas une odyssée ordinaire. Elle vous changera ou vous n’en reviendrez pas.

Comme tout voyage, cela commence par une déchirure : Abandonner la vallée sacrée, quitter cette route qui mène à ce train, qui transporte là où les montagnes jeune et vieille offrent un berceau à ce que l’homme a de plus inouï : les fulgurances de sa folie.

Souvent, je prends ce chemin qui s’accroche à la montagne juste après Urubamba. Je laisse mon regard se surprendre de cette rivière aux rives brillantes de pâleur. Après une courbe, la montagne se referme et offre au regard un saisissant mur opalin.

Des chevaux d’écume galopent vers moi. Je ferme les yeux. Le ressac me maltraite. Je rouvre les yeux : rien ! La montagne et le soleil rient de cette blague annonçant qu’ici commence le royaume du sel.

Le mur se fait terrasses. Chaque terrasse s’offre un bassin où se repose l’eau saumâtre de la rivière. Chaque bassin devient le gardien d’une couleur, du blanc à la rouille. Par dizaine des ombres humaines récoltent ce sel et façonnent cette sculpture presque millénaire, imaginée par leurs ancêtres.

Il ne faut jamais s’arrêter trop longtemps, de peur, telle cette abeille, d’être dévoré par les cristaux de sel. Maintenant, il faut se décider à rompre cet envoûtement. Mes pas me portent vers le haut, vers le village, car mes yeux refusent de lâcher ce poème…

Voyant son verre bien vide, son assistance évanouie, il s’est tu, il s’est levé. Ce soir, il tentera encore d’aller enfin au-delà de ce chemin. Il échouera et regardera pétrifié les reflets de la lune sur la saline.

 

Le 13 juillet 2013 à Buenos Aires