120 — Colonia

Le crépuscule sur Colonia

Le crépuscule sur Colonia

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C’est à la nuit tombée qu’il arriva à Colonia. Une rafale d’un vent glaçant l’y accueillit. Il fut pris d’un frisson.

Son lent voyage depuis Punta Arena l’avait épuisé. Même s’il ne pensait rester qu’une paire de nuits, ses pas en décideraient autrement. Que peut la volonté du voyageur face à celle de ses pas ?

Le lendemain, une aurore taquine l’entraîna dans les rues. Aimanté par le Fleuve, il déambula sur le Paseo. Il essayait de discerner les tours de Buenos Aires quand, venant de l’est, le brouillard s’immisça. Son regard qui vagabondait derrière l’horizon fut subitement perdu dans une mer grise. Le frisson le reprit.

Afin de le fuir, il accéléra le pas. Il découvrit les portes de la ville. Il grimpa les remparts, en redescendit. Il demeura, quelques instants, envoûté par un lampadaire dont la lumière n’était plus qu’un halo incertain.

Le soleil, dans une percée héroïque, le reçut au port. Il entra dans un bar, dégusta un morceau, discuta avec d’autres clients. Puis, il se tut, fasciné par ce fleuve magicien réapparaissant après son tour.

Le crépuscule lui offrit une de ses folies. Un ciel noir d’orage et bleu de sérénité, des lampadaires peignant le Fleuve d’ocre. Cette ville prise entre l’eau et d’autres temps le capturait. Il laissa faire.

Ses journées devinrent immuables : s’asseoir sans un mot à regarder le Fleuve ; les jours de brouillard, la marche et le frisson l’accompagnaient. Peu à peu, il s’effaça.

À l’auberge, ses affaires disparurent, son lit s’occupa, Ils oublièrent son nom. Il oublia son nom. Il retourna au fleuve. Il y resta.

Un soir d’été, sur les berges, une voix racontait son histoire. Surpris, il s’assit, écouta. Le conteur le regarda, lui sourit. Le frisson le quitta à jamais. Il dit merci, se leva.

À Colonia, dans la brume, Il vous croisera, Il vous sourira. Perdez quelques secondes pour le saluer, pour lui sourire. Alors Colonia sera vôtre.

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