86 – Varanasi

Varanasi

sur les rives du Gange

Les paysages défilent. La campagne s’urbanise. Un contrôleur ferme les portes. Le train s’arrête. Les portes s’ouvrent. L’air étouffe. Rejoindre le quai : capharnaüm d’humains, de bêtes, de bagages. Ne pas oser affronter seul la ville : prendre un taxi. Les rues se font trop étroites : quitter le taxi. Sac sur le dos, marcher… À chaque pas, mouiller de sueur même le sol. Chaque rue, un univers sans horizon : Enchevêtrement de maisons ; bâtisses précaires ; édifices anciens ; couleurs chaudes… Une vache passe, un chien, une chèvre l’accompagnent. Des fantômes de chaleur traversent les rues. Ils dansent, ils font danser de vieux papiers. Une tache de soleil : l’éviter. Une terrible odeur de merde. Deux pas. L’envoûtante odeur du jasmin. Une enseigne décrépie : hôtel. Entrer. Demander une chambre. Poser le sac. Se reposer. Attendre que le soleil se joigne à l’horizon.

Ici, commence Varanasi : un escalier monte vers un toit, une échelle monte vers un autre. Le regard excité, presque dément, découvre le fleuve sacré qui coule paresseusement. Derrière, des bruits, des voix, annoncent que la ville a abandonné sa torpeur. En face, des sons s’élèvent du gath dissimulé par une vague de toits. Observer un groupe de singes statiques sur une rambarde, puis une autre. Ils dévisagent une femme immobile dont le sari aux couleurs vives n’est perturbé par aucune brise. Elle admire le fleuve. Les plans successifs se figent dans cette atmosphère qui se teint d’ocre, de rouge, de violet puis de noir. La nuit intime de rejoindre la rive : obéir.

Cette image est une clef. La ville s’offre, puis offre : Ses gaths, ces portes du fleuve qui sertissent son mysticisme ; ses temples que dévorent parfois des arbres ; ses cantines à touristes douteuses mais attachantes ; ses mosquées protectrices du blanc ; sa ville coloniale trop ordonnée ; enfin, hélas, la gare qui dit adieu. L’heure de l’impossible au revoir tambourine… Moqueuse…

Buenos Aires le 10 juillet 2014