8 – Sainte Sophie

 

Sainte Sophie

Sainte Sophie

La première rencontre avait eu lieu dans saint Pierre : une marque, parmi tant d’autres, posée au sol à la fois loin du narthex et loin du chœur. Bien qu’identique à toutes les autres, au travers de ses yeux d’enfant, elle était magique. Difficile de dire qui de son nom ou son origine, de ces histoires contées ou lues en fut responsable. Cependant, un simple trait, dans la plus arrogante des églises, devint le pilier d’une imagination féconde et vagabonde.

Les suivantes l’avaient été au travers des nombreux masques dont elle aime se travestir : Ceux de livres ; ceux de films ; ceux de musiques… il y trouva mille légendes, mille détails, mille anecdotes, aliments de cette gourmandise, de cette gloutonnerie, qui croissait inlassablement. Il maudit les iconoclastes et leur haine des images, il ragea contre les croisés qui ne virent que l’or et leur fanatisme, il méprisa, mais remercia, les Turcs qui dissimulèrent les mosaïques survivantes, il pleura quand le dôme s’effondra, bondit de joie quand elle retrouva son chef.

Un jour, il prit le train pour Venise. Mais, il l’entraîna jusqu’à Trieste. Puis à Belgrade et enfin à Sofia. De là, chaque wagon portait le nom tant espéré : Istanbul ! Au petit matin, un soleil d’hiver magnifiait la mer de Marmara. Pris entre l’eau et les remparts, le train lui dévoila la bâtisse fantasmée.

Il l’épousa du regard. Il parcourut la ville afin de l’admirer sous tout ses angles, sous tous les temps. Il traversa vers l’Asie uniquement pour la voir devenir si petite, puis au retour, la retrouver si imposante. Il marcha, l’effleura sans relâche, mais n’osa y pénétrer.

Il le fit et il ne vit plus que la lumière. Elle dansait en le guidant. Elle l’entraîna dans chaque recoin, vers la moindre beauté. Certains prétendent qu’il ne l’abandonna que pour quitter ce monde. D’autres, qu’il est devenu immortel afin qu’à jamais son regard la comble.

Buenos Aires le 11 juin 2014