49 – Sant’Ambrogio

San Ambrogio

San Ambrogio

Bien que la grande ville industrielle soit bien plus que cela, à Milan, c’est vers le Duomo et le passage Victor Emmanuel 2 que le touriste se laisse entraîner. Paradoxale, la capitale lombarde, reine du paraître, aime dissimuler ses trésors. L’un d’eux est une église dont la façade interpelle plus pour ses briques apparentes (peu communes sous ces cieux), que par son élégance. Ce n’est pas qu’elle soit laide, mais son austérité et sa simplicité ne savent capturer le regard.

Il serait plus juste de dire qu’elle cherche à ne pas séduire. Une fois les portes franchies, ce sont les mêmes briques rouges, la même austérité, la même simplicité qui reçoivent le visiteur qui, dès le premier pas, est submergé par le charme et l’équilibre du lieu.

Le long narthex est à la fois l’hôte et l’âme de ce temple. La lumière et l’obscurité travaillent à dérouter constamment l’œil. Il s’est offert la plus majestueuse des voûtes. Elle change de couleur, de texture suivant ses désirs ou les heures, projette les ombres et les efface. Elle n’hésite pas à tremper ou brûler le passant qui déambule ; être céleste autorise bien des caprices.

Pour autant, il n’est pas autoritaire. Il laisse les enfants courir sur ses dalles, le bruit des galopades qui résonnent lui offre de nombreuses joies. Il aime que ses têtes de chapiteaux d’une sobriété fantasque, interrogent, voire déroutent. Il aime que le touriste et le croyant, le prêtre et le vagabond partagent son espace et leurs émotions, celles qu’ils provoquent, mais aussi celles qui entrent en leur compagnie.

Vient un porche que domine une tour carrée, en franchir le seuil. À l’intérieur, la lumière n’est là que pour magnifier l’obscurité. Ici, pour un instant, le lâche est courageux, l’orgueilleux est humble, l’indifférent est curieux, même l’athée se met à croire, pour un instant seulement. Le temps choisit ce moment pour fuir. Quand vous sortirez, la voûte sera étoilée.

25 — Vézelay

À Xavier pour m’avoir appris la patience de la marche

Vézelay

Vézelay

 

Les forêts du Morvan les avaient engloutis. Depuis 3 jours, ils marchaient sous la pluie sans jamais voir le ciel. La boue et quelques insupportables moto-cross sont leurs seules compagnes. Le but se fait sentir. Même s’ils ne la voient pas encore, ils savent que la basilique peut à tout moment se dévoiler.

Elle le fait à quelques encablures de là, quand s’ouvre le chemin sur la plaine. En son centre, humble mais imposante, elle les salue, oubliant même leur saleté, les appelle à elle. Ils suivent ce cap quelques hectomètres avant de croiser la route d’Avallon.

À l’évocation de ce nom, le plus jeune se rêve chevalier accompagnant Arthur, son roi, jusqu’à l’île au pommes, où repose ce souverain tant que durera sa légende.

Le sentier devient rue, l’église se fait coquette, voir timide, jusqu’à disparaître derrière sa colline. Ils ne leur reste plus qu’à grimper cette longue voie raide que bordent les magasins du village, ceux des habitants, ceux des croyants, ceux des touristes.

Voilà, ils y sont. Elle les domine et chacune des statues de sa façade, que la pluie, le vent et l’Histoire ont dévorée, les observe, curieuse et amusée.

Dès le portail franchi, alors que leurs pas résonnent encore, ils s’étonnent de la grandeur du narthex, mais la chaleur dorée de ses pierres les rassure. C’est en s’approchant du second portail qu’ils découvrent la captivante perspective de l’édifice. La lumière blanche, voire éblouissante de son chœur gothique n’arrive pas à capturer le regard. Les immenses voûtes rouges et blanches hypnotisent.

Ils franchissent les lourdes portes, se séparent, chacun s’invente un chemin. Un certain décide de découvrir le Morvan depuis les tours, un autre s’enfonce dans la crypte, un autre déambule dans le cloître, le dernier s’assoit derrière le chœur et se réchauffe du soleil qui transperce les immenses verrières transparentes. Leurs chemins se croisent, s’enlacent. Ils se surprennent de ces rencontres ; ici le temps est aboli.

Buenos Aires le 4 novembre 2013